Cédric Leyrat, modéliser pour découvrir

17 novembre 2017

Collecter des données, les analyser, les assembler pour éliminer des hypothèses… et enfin voir apparaitre en 3D la molécule qu’il étudie, comprendre sa structure, la façon dont elle bouge, dont elle vit. Cédric Leyrat, chercheur à l’IGF(1), part à l’assaut de la beauté de la science, pipettes et logiciels en mains. A 33 ans, il vient d’obtenir le concours Inserm CR2(2).

Les protéines peuvent être des molécules intrigantes. Ce sont souvent d’imposantes chaines d’acides aminés, dont certains bouts se replient, d’autres pas. Elles forment des hélices, des feuillets, des tonneaux, portent des charges électriques positives ou négatives…  Elles ont chacune « un corps », une structure tridimensionnelle et même parfois quadridimensionnelle, car certaines de leurs parties bougent. Les protéines sont des molécules sociables. Elles interagissent avec d’autres molécules, et notamment des virus. C’est à quelques-unes de celles-ci que s’intéressent Cédric Leyrat pendant sa thèse à Grenoble dans l’unité « biologie structurale des interactions entre virus et cellule hôte »(3): les protéines qui protègent et permettent aux virus à ARN négatif(4) de se multiplier. Pour les observer, il faut les enfermer dans un cristal. Mais la cristallographie est un art subtil. « J’ai vu que mes collègues n’y arrivaient pas, mais c’est normal elles bougent trop ». Pragmatique, il change son fusil d’épaule et opte pour la résonance magnétique nucléaire (RMN) et la diffusion de rayons x. Il collecte des données qu’il analyse grâce à des logiciels en accès libre. « Je me suis formé tout seul à la modélisation, sur internet. Personne n’avait cette compétence dans le labo ». Il modélise ainsi deux des protéines qu’il étudie, comprend comment elles interagissent. Cela va lui permettre de les cristalliser et de valider expérimentalement la modélisation. Un must pour gagner sa crédibilité en biologie. Fort de cette prouesse, il entame son post-doctorat à Oxford, dans le laboratoire de Jonathan Grimes. Celui-ci lui laisse carte blanche pour explorer les autres protéines des virus à ARN négatifs et leurs interactions. « Avec les données que j’ai collecté en thèse et en post-doctorat, je peux encore travailler pendant plusieurs années ». De retour en France, il est contacté par Sébastien Granier, chercheur Inserm à l’IGF, qui cherche à étoffer son équipe de nouvelles compétences en biologie structurale. Concours Inserm et ANR jeunes chercheurs en poche, Cédric Leyrat a devant lui de belles années de découverte(s) en perspective.

Comment cet ancien élève de classe préparatoire physique-chimie, puis étudiant en chimie à l’université de Grenoble s’est-il retrouvé dans laboratoire Inserm ? « J’avais envie d’en savoir plus ». Probablement le leitmotiv de toute une vie pour Cédric Leyrat. Passionné de sciences, il navigue au gré de ses années universitaires, poussé par le courant de la curiosité. De la physique à la chimie, de la chimie organique à la virologie, de la virologie à la biologie structurale, de la biologie structurale à la modélisation informatique. « J’ai gardé de la souplesse car je n’ai pas été formaté par des études uniquement en biologie ». Cette souplesse, il la met aujourd’hui au service de ses recherches et de  ses collaborateurs.

1 IGF : Institut de génomique fonctionnelle UMR Inserm 1191
2 CR2 : chargé de recherche 2ème classe
3 UMI 3265 UJF-EMBL-CNRS
4 famille de virus, dont les virus de la rage, d’Ebola, de Marburg, de la rougeole…


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