Caroline Goujon, le virus de la Recherche

06 octobre 2017

Comprendre comment notre immunité innée est capable de bloquer la propagation des virus dans notre organisme, voilà le cheval de bataille de Caroline Goujon, chercheuse Inserm à l’IRIM*. A 38 ans, elle vient d’obtenir un contrat ERC starting grant pour mener à bien ses recherches. Voici le portrait de cette dynamique bourguignonne, fascinée depuis toujours par les virus.

Les virus, ces minuscules petits sacs de matériel génétique, ont un pouvoir extraordinaire. Quand ils pénètrent dans une cellule, ils sont capables d’en pirater le disque dur pour se multiplier et envahir la personne ou l’animal infecté. Certains s’insèrent dans notre propre ADN au cours de leur cycle de réplication. Mais certaines cellules ne se laissent pas faire, elles sont moins permissives à la réplication, comme on dit à la paillasse. C’est le cas des cellules dendritiques, cellules immunitaires, face à un des deux types de VIH, le VIH-1. Mais alors comment s’y prennent-elles ? C’est la question qui a animé Caroline Goujon pendant ses études doctorales, menées à l’ENS de Lyon dans l’Unité Inserm 758. « Nous avons montré qu’une protéine spécifique du VIH-2 était capable d’augmenter nettement la permissivité des cellules dendritiques à l’infection par le VIH. Et ce qui est drôle c’est que son mécanisme d’action a été compris des années plus tard ici, à Montpellier, par Monsef Benkirane et Nadine Laguette*». Puis direction Londres, au King’s College, où elle continue son chemin dans la compréhension des réactions des cellules infectées par des virus. Elle étudie le lien entre l’infection par le VIH et la sécrétion de protéines interférons, molécules dont le rôle est d’informer les cellules alentour de la présence d’un virus. Ces interférons stimulent l’expression de centaines de gènes qui produisent des protéines. Certaines ont la capacité de bloquer très efficacement la multiplication des virus. Elles agissent donc comme des inhibiteurs naturels de l’infection. Caroline Goujon identifie une protéine, MX2 qui est capable d’inhiber la réplication du VIH. Et comme toujours en recherche, une porte s’ouvre … sur une autre porte. Une étape est franchie mais l’énigme pas résolue, car d’autres gènes stimulés par l’interféron sont capables d’inhiber la réplication virale.

Reste maintenant à trouver, à comprendre quels sont les autres acteurs de ce rouage, à identifier les facteurs qui empêchent les virus de se répliquer.  C’est ce à quoi elle s’attelle depuis son installation à Montpellier en janvier 2015. Pourquoi Montpellier ? « C’est une ville dynamique, à taille humaine, où l’on trouve tous les services pour faire de la bonne science ». Son concours CR1*, un financement ATIP/Avenir et le soutien de l’ANRS et du Sidaction lui ont également permis de se lancer dans de bonnes conditions. Et pourquoi l’Inserm, alors que son laboratoire n’en a pas la tutelle ? « L’Inserm, je connaissais bien, j’y ai fait une année de stage  après mon BTS. C’est là que j’ai compris que je voulais continuer et faire une thèse, que j’ai également effectuée à l’Inserm. Quand L’Inserm m’a proposé un poste de CR1, je n’ai même pas réfléchi». Son objectif pour les années qui viennent : recruter pour développer son groupe et se consacrer à la science et rien qu’à la science pendant plusieurs années grâce à l’obtention de sa bourse ERC*.

*IRIM : Institut de recherche en infectiologie de Montpellier (UMR 9004 CNRS/Université de Montpellier)
*Monsef Benkirane : Directeur de l’Institut de Génétique Humaine (IGH, UMR 9002 CNRS/ Université de Montpellier) ; Nadine Laguette : responsable d’équipe à l’IGH
*CR1 : chargé de recherche 1ère classe
*ERC : European Research Council


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